l'Atelier du Bambou

l'Atelier du Bambou

l'atelier du bambou en images


05/03/2017
1 Poster un commentaire

quelle flûte étrange!

Probablement l'instrument à vent le plus connu du Japon, le shakuhachi tire son nom de sa longueur standard : un pied (shaku) et 8 (hachi) dixièmes, soit environ 54 cm. D'autres longueurs existent également, mais l'instrument garde son nom de "shakuhachi".

Flûte verticale construite à partir de la base du bambou, si le placement des trous et son accord relèvent d'un processus minutieux et délicat, la construction de l'instrument lui-même est relativement simple. C'est justement cette simplicité qui permet des techniques complexes lors du jeu, comme le changement d'angle du souffle pour des variations dramatiques ou subtiles du son, ou encore la tenue partielle des trous pour des changements de notes nuancés.

Les komusô (moines mendiants errants de l’école Fuke du Bouddhisme Zen) jouaient du shakuhachi en association avec leur pratique du zazen (zen assis) et l'appelaient le "suizen" (zen soufflé). Jouer du shakuhachi représentait une forme de récitation de sutras dans les temples de la secte Fuke et, de ce fait, le shakuhachi n'était pas considéré comme un instrument de musique, mais comme un accessoire religieux. Le résultat de cette pratique est un vaste répertoire que l'on nomme "honkyoku" (musique originale).

Dans la forme la plus pure de honkyoku, l'attention est portée sur chaque son relatif à la respiration plutôt que sur les divers aspects musicaux, comme la progression mélodique. Les komusô visaient à développer par la pratique du shakuhachi ce qu'ils appelaient leur "kisoku" (respiration spirituelle) au point d'atteindre le "tettei on", l'état du son absolu avec le bambou et le reste de l'univers.

Leur but était l'expérience de l'éveil à travers le shakuhachi. Ce but a sans doute été exprimé de la meilleure façon à travers la phrase komusô "ichion jôbutsu" : devenir Bouddha en un son.

 

Source "Quartier Japon Paris"


25/04/2014
1 Poster un commentaire

le coût d' un ji-nashi supérieur

A priori un ji-nashi, un bambou dont on abrase simplement les nœuds et perce ,

devrait coûter moins cher qu'un ji-ari...?  Or ce n'est  pas toujours le cas: quelles en sont les raisons?

 

la quasi-totalité des ji-nashis sont des Nobekan, d'une seule pièce sans joint; plusieurs raisons justifient leurs coûts:

 

 j'ai récolté à ce jour plusieurs centaines de bambous avec racines-en France- et à l'instar d'autres fabricants de ji-nashis sur cette quantité à peine quelques dizaines d'entre eux ont produis d'excellents  ji-nashis - quelques autres des instruments corrects - le reste (+ de la moitié) a été donné, recyclé à d'autres usages..ou jeté. Au fur et à mesure des récoltes je connais  mieux les bons bambous - je récolte principalement des Phyllostachys bambousoides viriglaucuscen et violecent, parfois des nigras et des nigras boryana - et avec 7 ans d’expériences et une quinzaine de lieux de récoltes je distingue mieux aujourd'hui ceux qui pourraient avoir les qualités requises..mais tout ceci demande du temps, de la patience, des erreurs et..du courage:

- pour trouver les bons endroits avec les bons bambous

- pour les récolter: il faut de 15 mn  à 40 mn de travail très physique pour déterrer, couper les racines sans abîmer le bambou, au moins autant pour se rendre sur place, encore autant pour les nettoyer/apprêter , encore autant pour les brûler/faire sécher etc... bref en moyenne deux/trois heures par pied avant d'attendre..minimum deux ans pour commencer le travail!

- j'ai récemment travaillé un Madaké japonnais très sec (10 ans) récolté pour être initialement un ji-ari:

il ressemble étonnamment à bon nombre des bambous dont j'ai fais des ji-nashis moyens mais pas idéals : un conduit lisse et rapide mais  ouvert , c'est ce dont on a besoin si on rajoute du ji pour façonner , mais pas pour un bon ji-nashi . Ceux là  sont rares surtout dans les tailles courtes-1.8/1.6-:  j'ai ainsi produis quelques dizaines de ji-nashis d’exception  entre 1.6 et 3.5...

- les bambous que je cherche sont épais, ne poussent souvent pas trop près de l'eau et ont des conduis plus étroits que ceux destinés aux ji-aris... ajouter à cela ceux qui fendront, ceux qui n'ont pas les bons placements de nœuds, les trop communs ou trop moches...autant dire qu'ils sont rares!

-le travail s'il parait plus simple que sur un ji-ari ne l'est pas forcément:

travailler sur toute la longueur demande plus de temps pour abraser, ne pas abîmer le conduit, le polir finement, ne pas trop ouvrir le bas , abraser que ce qui est nécessaire..et percer aux bons endroits avec des cotes fluctuantes- en fonction de l'épaisseur du bambou , de sa forme exacte, de sa longueur etc...- donc nécessairement plus aléatoires que sur un ji-ari; On doit travailler plus lentement, élargir plus doucement etc.. au final il faudra peut-être autant  de temps passé à respecter un bambou qu'a le contraindre à une norme idéale: impensable, iconoclaste..? non!  regardez au japon: les bons ji-nashis coûtent souvent aussi chers que les ji-aris!

 

Un ji-nashi d’exception est un peu comme un ji-ari naturel : un Graal forcément rare et "ce qui est rare est cher "  d'autant que sur les longs modèles - à partir de 2.4- les résultats en précision, puissance et jouabilité peuvent égaler voir dépasser ceux de bon nombre de ji-aris. Avec en sus un grain sonore forcément encore plus unique...

 

Mai  2020 Jean-luc P


07/11/2020
0 Poster un commentaire

quel(s) modèle(s) choisir?

Ji-nashi, Ji-nori, Ji-ari , hocchilu, nobe-kan , pole, ground level , roots-end,  ...que d'appellations étranges!

En fait pour faire court il y a deux grandes familles de shakuhachis

(cf par exemple kiku Day : http://www.shakuhachiforum.com/viewtopic.php?id=1619) :

- les ji-nashis

- les ji-aris

 

1 les ji-aris sont des flûtes abrasées avec une perce corrigée et lissée par l'ajout de pâte "ji" , vernies avec de l'Urushi, laque très dure et lisse confectionnée avec un poison violent et parfois allergène à l'état liquide. elles ont souvent un insert en corne ou ivoire et un joint central. usuellement  elles sont le produit d'artisans professionnels- mais ce n'est pas une garantie cf l'article concernant le choix pour débuter-  et ont une puissance et jouabilité -notamment dans les sur aigus et la note Ro grave- supérieurs aux ji-nashis, à l’exception notable des longues flûtes : leurs prix varie de 800€ à 20000€ selon les modèles pour du neuf  , la jouabilité, la rareté du bambou, l'esthétique la renommée du fabricant, la présence d'un ou plusieurs timbres signatures etc... 

2 les Ji-nashis découlent d'une vision presque opposée. la philosophie privilégie une conception naturelle de l'instrument ou le bambou donne de sa voix singulière : on abrase certes les entre nœuds mais sans totalement lisser le conduit, on ne met pas de pâte etc...Chaque instrument est donc unique en accord avec lui-même .

3 pour ma part mes factures découlent  de ces deux conceptions et  d'une médiane  rattachée aux ji-noris. Le  son du bambou m'importe et me séduit mais  je préfère souvent concevoir des instruments jouables avec d'autres donc tempérés. Mon expérience me conduit aussi à abraser  pour avoir un conduit rapide et puissant, à utiliser  ou pas de pâte corrective pour des raisons diverses- un instrument avec du ji demande souvent plus de temps et revient plus cher- , à protéger les flûtes de la corrosion de nos salives de différentes manières en huilant simplement (huile de tung pure la seule huile sicursive) ou utilisant différents vernis de qualité (aquarethane, ou le traditionnel Urushi) . Je fabrique des inserts pour des encoches encore plus solides- bien que bien protégée par un chapeau cuir une encoche naturelle soit pérenne.

Quand au joint ,s'il permet de concevoir des flûtes avec un placement des trous optimal , de travailler le verni plus aisément , et facilite le transport c'est aussi  un point d'usure et de détérioration...classique . Mes flutes sont donc souvent des Nobe-kan -un seul morceau-  En définitive la qualité sonore des ji-nashis et ji-noris est aussi une facture sonore plus organique, un son en adéquation parfaite avec ce matériaux singulier , lisse mais aussi plein d'aspérités, ou chaque bambou à une apparence et un son qui lui est propre...ce qui est peut-être moins manifeste sur les ji-aris.

 

4 Roots or not roots that is the question?!

outre son esthétique et sa mystique - le lient entre la terre et le ciel, ce qui se cache dessous et ceux qui marchent dessus-le bambou avec racines est Roi:

Au niveau de la perce c'est assez simple,  l'endroit critique le plus étroit doit être situé grosso -modo en dessous du 1er trou. Un cône doit donc partir de l'encoche à cet endroit avec possibilité de l'inverser à la fin du conduit... la coupe d'un bambou au niveau de la 3/4 eme racine à cette particularité d’être souvent large avec un conduit bouché à cet endroit: le fabriquant peut donc y exercer toute sa science.

Par extension on utilise toujours les parties basses du chaume, là ou le cône est le plus évident pour faire des bons shakuhachis . Sur les grosses sections que j'utilise pour les longues flûtes j'ai remarqué empiriquement que certains bambous avaient des proportions idéales coupées juste au dessus des racines d'où l'appellation "ground level" soit au niveau du sol. L’avantage de cette méthode est aussi de pouvoir choisir la section que je garde en fonction du placement idéal des trous...

la quête du bambou idéal - 3 anneaux de racines et 7 à  9 nœuds selon la taille du shakuhachi - est un saint Graal mais t la nature répond avec malice:

courbe inversée ou ovale mal placée, nœuds sous les trous, espacement des nœuds  non-conformes , longueur donnant un accord entre deux diapasons etc...

ce qui justifie in situ le prix élevé d'un roots-end parfait mais permet aussi de considérer

qu'en terme acoustique un shakuhachi coupé au niveau du sol peut sonner aussi bien qu'un shakuhachi avec racines!


07/11/2020
0 Poster un commentaire

avec racines ou coupés à ras le sol

Les bons shakuhachis seraient tous avec racines?

 

Récolter le bas des pieds à plusieurs raisons:

- l'épaisseur du bambou est souvent plus  grande

- le cône haut/bas est plus effectif à cet endroit

- les racines étant pleines, le fabricant peut vraiment ouvrir pour inverser le cône selon ses choix et besoins

- cela participe à  esthétique

 

Toutefois le plus important dans la réussite d'un bon instrument tient à de nombreux facteurs comme la forme exacte du conduit, l'épaisseur des cloisons, l'angle et la profondeur de l'encoche , le matériau de l'encoche, le polissage/vernissage du conduit etc...

 

Pour ma part avec des centaines d'instruments réalisés et vendus ,  j'ai remarqué  que chez une majorité d'utilisateurs(trices) les bambous prisés pour le  jeu:

1 ont  en général une bonne  épaisseur de cloison (entre 0.6 et 1.1cm environ): cela permet d'avoir une prise d'embouchure confortable

2 en conséquence les trous peuvent être  moyens/grands entre 9 et 12 mm

3 les ouvertures haut/bas et leur rapport est déterminant, ainsi que la forme naturelle du bambou, notamment l'ouverture du 1er tiers haut et le tiers bas

4 pour les ji-nashis les tailles sont souvent légèrement inférieures- parfois égales- aux ji-aris:

autour de 53 cm pour les 1.8, 70 pour les 2.4 , 80 pour les 2.7 etc...

5 un autre type d'instrument, moins fréquent appelé "big bore" existe: il s'agit de solides bambous généralement de tailles supérieures aux 2.0 avec des grosses cloisons et une perce large

 

Ainsi certains bambous coupés près des racines ont des qualités similaires aux Roots-end... et pour avoir essayer/rater bons nombres de shakuhachis avec racines "en avoir ou pas" ne change rien  dans la réussite d'une flute: c'est la forme et les dimensions du conduit qui sont déterminantes !

 

on voit d'ailleurs pas mal d'exemples probants en vente sur certains sites d'enchères/ventes: des shakuhachis en Ré en 1.6 ou 1.5 avec des belles racines et des belles photos en revanche ...le rapport aux octaves ne peut qu' être mauvais vu leur déséquilibre largeur/longueur !

 

Pour avoir réalisé et joué certains"big bore" ceux -ci ne sont bons qu'avec des qualités similaires: des épaisseur de cloison encore plus grandes,  une ouverture plus grande aussi à l'encoche et des longueurs dépassant les 2.0/2.1 au minimum.

 

Donc le facteur essentiel dans la qualité d'une flute est son conduit interne.

C'est pourquoi le choix du bambou est plus important pour un ji-nashi, le conduit idéal , rapide,  juste étant particulier: plutôt étroit avec certains points de resserrages déterminants... cela élimine beaucoup de bambous que l'on trouve, sans parler du placement des trous, de la forme ergonomique , de l'esthétique etc...

 

Autant dire que beaucoup des bambous avec racines proposés sur le net ne répondent pas à ces exigences: trop fins, trop larges..trop peu onéreux pour être produits par de véritables artisans.

 

Comment savoir ? écouter les extraits audios !

tous les bons makers sont au minimum de bons joueurs capables de d’interpréter de façon satisfaisante quelques honkyokus ou des airs traditionnels.. quand ils ne sont pas simplement aussi des maitres de l'instrument.

 

Jean-luc Peilhon

2020

 

 

 

 


26/10/2017
0 Poster un commentaire